L’immunothérapie consiste à booster nos défenses immunitaires pour qu’elles reconnaissent les cancers comme des ennemis et les attaquent. Mais en réarmant nos cellules immunitaires contre les cellules cancéreuses, il arrive que celles-ci s’attaquent aussi à des cellules saines. Bien que l’immunothérapie par ICI présente un profil de tolérance différent de la chimiothérapie, elle comporte un risque de développer des effets secondaires immunitaires (parfois graves) qui nécessitent une reconnaissance précoce et une prise en charge adaptée. C’est la raison pour laquelle l’Institut Bordet a créé un Centre de Compétence en Gestion des Immunotoxicités. Son but : centraliser et uniformiser les prises en charge des patients sous immunothérapie anticancéreuse.
Des toxicités encore difficiles à prévoir
Bien que certains facteurs de risque de toxicités aient été mis en évidence, le type et la sévérité de celles-ci restent actuellement peu prévisibles. Il n’existe pas de consensus quant à d’éventuels biomarqueurs prédictifs de toxicité, raison pour laquelle, avant de commencer un traitement par ICI, un bilan pré-immunitaire s’avère nécessaire chez les patients à risques. Il permettra par exemple de dresser un bilan des éventuelles pathologies dysimmunitaires préexistantes ou méconnues ou encore d’identifier certaines co-morbidités. On sera ainsi capable de proposer au patient une surveillance adaptée au cas par cas lors de son traitement.
Les complications liées aux immunothérapies sont classées d’un grade 1 à 5. Pour certaines toxicités, si cette gradation s’avère encore imparfaite, elle permet cependant d’adapter la prise en charge des malades en évaluant notamment la nécessité d’introduire un traitement par corticostéroïde et/ou l’interruption, voire l’arrêt, de la thérapie par ICI.
Dans une étude rétrospective menée à l’Institut Bordet, 12% des visites aux urgences de patients traités par ICI étaient liées à une complication de celle-ci. Quatre présentations cliniques y étaient associées : troubles gastro-intestinaux, éruptions cutanées, insuffisance rénale aigüe et fonction hépatique anormale. Le traitement par ICI a dû être interrompu chez près de 3/4 des patients.
Reprendre ou non l’immunothérapie : une décision au cas par cas
Il existe peu de recommandations quant à la reprise des ICI après un arrêt pour toxicité. Or, globalement, la reprise de l’immunothérapie après une toxicité confère une meilleure survie globale et sans récidive.
La reprise de l’immunothérapie dépendra de plusieurs facteurs :
- Le bénéfice attendu de l’ICI : le type et le stade du cancer influencent fortement le bénéfice attendu de l’immunothérapie ;
- Le statut oncologique du patient lors de la résolution de la toxicité. Ainsi, la reprise du traitement s’impose parfois, notamment dans les situations oncologiques de rémission ;
- L’existence ou non d’alternatives pour remplacer l’immunothérapie ;
- La sévérité de la toxicité. Les recommandations actuelles précisent de ne pas reprendre l’immunothérapie en cas de toxicité de grade supérieur ou égal à 3. Cette règle doit être discutée au cas par cas en fonction de la morbi-mortalité de chaque toxicité et surtout du souhait du patient.
Le délai de reprise de l’immunothérapie n’est pas non plus clairement établi. Les recommandations actuelles préconisent toutefois d’attendre au moins un retour à une toxicité de grade 1, voire la résolution totale de celle-ci.
Pour l’ensemble de ces raisons, la décision de reprise de l’immunothérapie après une toxicité doit être discutée de manière collégiale, au sein d’un comité d’experts (consultation multidisciplinaire), comme c’est le cas à l’Institut Bordet.
Une approche multidisciplinaire indispensable
Les effets secondaires des ICI pouvant toucher différents organes, les différents spécialistes concernés sont inévitablement des partenaires de choix dans leur diagnostic et leur prise en charge. Certains médicaments permettant de traiter ces complications ne peuvent d’ailleurs être prescrits que par ces spécialistes d’organes. L’intérêt d’une telle collaboration réside aussi dans leur expérience des autres atteintes d’organes d’origine médicamenteuse, la similitude de certaines toxicités avec les maladies auto-immunes primitives et la manipulation des immunosuppresseurs. C’est d’ailleurs dans ce cadre que le Centre de Compétence en Gestion des Immunotoxicités a vu le jour à l’Institut Bordet.
Coordonner pour mieux soigner
Vous l’aurez compris, un manque de connaissance des toxicités liées aux immunothérapie par ICI risque de retarder une prise en charge optimale et ce d’autant que de nouveaux traitements agissant de manière de plus en plus complexe sur l’immunité voient actuellement le jour.
« Le but est de pouvoir continuer à utiliser cette arme redoutable qu’est l’immunothérapie dans la lutte contre le cancer. Cela passera par un suivi spécifique de chaque patient, nous permettant de faire évoluer ses traitements dans le temps. En changeant de molécules, en réduisant les dosages, en utilisant les immunosuppresseurs… ou en faisant simplement une pause. »
Dr Maxime Ilzkovitz
La structure du centre reprend l’ensemble des intervenants en milieu hospitalier : médecins internistes, oncologues, spécialistes d’organes, urgentistes… Son objectif : proposer aux patients une prise en charge uniforme et renforcer les collaborations nationales et internationales. Sans oublier la formation des différents acteurs (infirmier(e)s, généralistes, réanimateurs…) à tous les niveaux de soin. Ce centre mène aussi des projets de recherche – tant en laboratoire qu’en clinique – susceptibles de mener à des recommandations pour l’ensemble des traitements en immunothérapie. Il travaille ainsi main dans la main avec le Conseil Belge Multidisciplinaire d’Immunotoxicité (BITOX) de la Société Belge d’Oncologie Médicale (BSMO).
👉 Pour continuer à soutenir les chercheurs de l’Institut Bordet, faites un don au premier centre intégré de lutte contre le cancer de Belgique.
