“Même une tisane peut compromettre une chimiothérapie.”
Florence Souard, pharmacienne-clinicienne et professeure à l’ULB veille à sécuriser les traitements oncologiques face à la prolifération de la consommation des plantes et compléments alimentaires. C'est le coeur de la recherche menée par Florence Souard et soutenue par notre association. Découvrez l'entretien qu'elle a donné pour Paris Match en octobre 2025.
Par Belen Ucros
Paris Match. En quoi consiste votre fonction ?
Florence Souard. Être pharmacienne clinicienne, c’est travailler au plus près du patient, « au lit du malade » comme on dit. Mon rôle est de m’assurer que les médicaments sont correctement pris et sans contre-indication. Cinquante pour cent des patients arrêtent leur traitement chronique au bout d’un moment, souvent à cause des effets indésirables. Je m’assure que les compléments alimentaires, les huiles essentielles, les tisanes à base de plantes médicinales qu’ils prennent pour les soulager ne présentent pas de risque pour le traitement.
De nombreux patients ont recours à des produits naturels. Quels risques cela comporte- t-il ?
Les risques existent. En cancérologie, même une tisane peut compromettre une chimiothérapie. Une plante peut augmenter la toxicité d’un médicament, par exemple au niveau du foie, ou au contraire annuler son efficacité. D’après les enquêtes épidémiologiques, 80 % des patients qui prennent des plantes ou des compléments n’osent pas le dire à leur médecin. Mon rôle est d’écouter, de trier les informations et de sécuriser leur parcours thérapeutique.
Vous avez démarré en octobre 2025 un projet soutenu par l’Association Jules Bordet. En quoi consiste-t-il ?
Il s’agit d’une thèse qui ambitionne de sécuriser le trajet de soin du patient en établissant une cartographie de ce qui existe et en lui proposant un outil simple, facilement utilisable, avec un langage adapté. Une sorte de checklist, pour l’aider à vérifier les interactions entre son traitement et les produits issus de la médecine non conventionnelle. Dans un premier temps, nous allons demander à 500 patients de Bordet de compléter un questionnaire sur leurs habitudes et leurs croyances au niveau des plantes, puis nous affinerons avec quelques dizaines d’interviews.
Cela nous permettra de cerner les besoins des patients pour leur proposer le meilleur outil qui soit. La recherche s’étalera sur 4 ans.
Selon vous, cette expérience peut-elle inspirer un modèle plus large ?
Absolument. Ce que nous construisons à Bordet pourrait servir de modèle en Belgique et ailleurs en Europe. Nous sommes pionniers.
On parle d’oncologie intégrative. Que signifie-t-elle dans votre pratique ?
C’est reconnaître que le patient n’est pas seulement un malade à traiter, mais un partenaire à accompagner. Il faut prendre en compte son mode de vie, ses représentations du soin, ses choix. L’objectif n’est pas de remplacer la médecine conventionnelle mais de renforcer son efficacité en sécurisant ce qui l’entoure.
Et demain, quel sera le rôle du pharmacien en cancérologie ?
Je rêve d’un pharmacien-clinicien dans chaque service hospitalier, intégré à l’équipe médicale, en lien direct avec le patient. La sécurité des traitements ne peut plus reposer uniquement sur le médecin. Nous avons une expertise unique à apporter.
👉 Pour continuer à soutenir Florence et son équipe, faites un don au premier centre belge de lutte contre le cancer.
C'est une question de vie !
